par Samantha

Biocarburant-s : définition, aperçu socio-lexicologique.

Comme on l’a tous remarqué, le BIO a le vent en poupe. On veut manger bio, acheter bio, s’habiller bio, bref vivre bio.

Les carburants n’y échappent pas, la mode du bio s’y est faite aussi une place. Mais bio dans « biocarburant » et bio dans « un jus d’orange bio » recouvrent-ils la même réalité ?

Le préfixe « bio » trouve son origine dans le  mot grec  « bios » et désigne la vie, le vivant cf. biologie ( étude de ce qui est vivant). Il s’agit là de son sens étymologique. Cependant, le préfixe « bio » est devenu très prolifique en perdant ( en partie) son sens originel. La signification du préfixe bio a été détournée de deux façons :

  1. bio :  adj./nom, désigne un produit de consommation « issu de l’agriculture biologique », c’est-à-dire qui n’utilise pas (du moins c’est ce qu’ils prétendent) de produits chimiques, d’engrais,etc. Les produits issus de ce mode de production portent le label « bio ». Cette utilisation de bio montre que ce n’est plus un préfixe mais que c’est devenu un signe à part entière qui recouvre une autre réalité que le préfixe grec.
  2. bio :  joue ici le rôle d’un préfixe. Cependant, il s’est également éloigné du sens grec « le vivant ». Dans cette utilisation du préfixe bio, cela désigne tout ce qui est alternatif et qui a pour visée première la préservation de l’environnement, à partir de matériau que l’on trouve dans la nature. On pourrait classer cette acception de bio dans l’expression hyperonymique « Développement durable ».Ce préfixe fourni une multitude de dérivés : biocarburant, bioénergie, biotechnologie, biocosmétologie, etc.

On constate que bio est un polysème. Le signifié est unique (pro-environnementale, alternatif)mais en discours il s’actualise de manière différente et ne recouvre pas toujours la même réalité.

Pour distinguer les différentes acceptions qui se réalisent en discours, on peut s’appuyer à la fois sur un critère sémantique et sur un critère syntaxique. En effet, sémantiquement, « bio » n’a pas les même synonymes en 1. et en 2.et syntaxiquement ils ne se combinent pas de la même manière aux autres unités. En 1. « bio » est un adjectif (voire substantif) et caractérise un certain mode de consommation alternatif, il désigne à lui seul tout un domaine à part entière « le bio »; en 2 il a un comportement préfixale qui confère aux unités auxquelles il s’adjoint un caractère de « bon pour l’environnement, utilisant ce qui est vivant,alternatif,  utilise et produit autres choses que les produits toxiques et chimiques habituels. »

C’est cette deuxième acception de « bio » qui es à l’origine du substantif « biocarburant-s », qui désignerait les carburants dits alternatifs qui seraient moins nocifs pour l’environnement, qui répondraient à un cahier des charges qui pourrait laisser penser qu’ils seraient une solution durable à l’épuisement des ressources fossiles, au dérèglement climatique, au fiasco environnementale causé par les énergies traditionnelles bref « c’est bio, c’est bon ». Pour ce lexème en particulier, on perçoit tout de même une trace du sens grec « vivant », car « biocarburant » désigne les carburant produits à partir d’autre chose que du pétrole et que l’on trouve dans la nature (huile végétale, maïs, ethanol, etc.) ou recyclé.

Ci-dessus le fruit de ma réfléxion, ci-dessous, définition du dictionnaire :

Biocarburant : ou agrocarburant désigne un carburant liquide produit à partir de matériau non fossile issu de l’agriculture (maïs, colza, etc.). (cf wiki)

L’imaginaire collectif :

L’étude lexicologique n’explique pas toujours et n’est pas le seul à jouer un rôle dans la définition de « biocarburant-s ». Outre les définitions stricto sensu de biocarburant, l’imaginaire collectif contribue à coller à cette définition une forme de solution bienfaitrice pour l’environnement. Cela s’explique sans doute par la première acception de bio « propre, bon pour la santé, sans produit chimique ». Cette subjectivité qui se jette dans une définition purement factuelle, laisse deviner qu’il y a débat sur le sujet et qu’en réalité, bien que l’opinion collective semble penser que bio et donc biocarburant soit bien, sain et bon pour l’environnement, on est en fait face à une bataille des « pros and cons biocarburant ».

Pourquoi ? Les « biocarburants » ont commencé à se développer dans la lancée de ce qu’on a appelé les énergies renouvelables ( éoliennes, panneaux solaires, barrages hydroliques,etc.) pensant bien faire et trouver une alternative durable au pétrole. Sauf que, les pros « biocarburants » ont négligés quelques détails importants relevant du coût humain, financier, et spacio-temporel que ces énergies nécessitent. C’est là que les cons biocarburants ont fait leur entrée avec des arguments plutôt costauds (Greenpeace &Co) tels que « risque de famine, désastre écologique ».

Dans l’histoire, il n’y a pas de méchants, car chacun pense défendre la bonne cause.

C’est pourquoi, je me suis dit qu’une étude de ce mot pourrait être révélatrice de ce débat qui est toujours d’actualité. Un sorte de mini veille d’opinion, tout en essayant de mettre l’accent sur l’aspect linguistique, par exemple en s’attardant sur les contextes d’apparition du mot, les adjectifs qui les qualifient, ses réalisations syntaxiques et les différentes valeurs sémantiques qu’il recouvre.

Alea jacta est.